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" Ce que je crains ", par Mouigni Abdou

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L'Union Africaine qui a hérité de plusieurs dossiers brûlants de l'OUA aurait dû transféré son siège permanent aux Comores. Sa présence prolongée dans le pays depuis son indépendance, en 1975, milite pour cette thèse. L'UA fait de l'archipel des Comores un laboratoire dans la gestion et le règlement des crises et, en conséquence, y trouve un plaisir d'être à son chevet artificiel.

Les Comores sont soutenues par l'Organisation panafricaine pour recouvrer sa souveraineté à travers des résolutions qui n'ont aucune force juridique aux yeux de la France, principale adversaire des Comores sur la question de Mayotte. L'Organisation qui avait en 1978 fermé ses portes aux autorités comoriennes, à l'issue du coup d'Etat du 13 mai 1978, a fini par rouler le tapis rouge au gouvernement comorien, fortement soutenu par les mercenaires français et le régime apartheid d'Afrique du Sud.

Elle l'a fait aussi pour le régime militaire aux Comores à l'issue du coup d'Etat militaire du 30 avril 1999 en invitant le président Azali au Sommet d'Alger en juillet 1999 et celui de Syrte en septembre 1999.

La première Conférence d'Antananarivo sur les Comores organisée, en 1994 sous l'égide de l'OUA, était une remise en cause et un coup dur pour la démocratie aux Comores. Cette conférence avait légitimé un Premier ministre usurpateur en dépouillant le président de la République, démocratiquement élu, de toutes ses prérogatives et ses pouvoirs. La Conférence d'Antananarivo sur la crise anjouanaise tenue en avril 1999 comme celle d'Addis-Abeba, tenue en décembre 1997, sont aux yeux des observateurs un échec patent et une démission de l'action diplomatique de l'OUA dans notre pays.

C'est ainsi que le pays sombre en profondeur dans les crises qui le secouent en se fiant à un arbitre incompétent et partial qui n'a aucune notion de neutralité. Son remède n'est que la politique de deux poids et deux mesures. La solution taillée pour les petits pays et pauvres n'est pas celle réservée aux géants du contient. Au Zimbabwé, on peut s'accommoder avec un Mugabe sanguinaire qui punit depuis plus de 20 ans tout un peuple mais aux Comores on impose une rotation et un départ forcé pour un simple gouverneur en utilisant de gros moyens.

C'est aussi pour cette raison que le continent n'arrive pas à décoller pour ne pas dire qu'il est mal parti. La question du Sahara occidental divise depuis plus de trois décennies le continent africain et empoisonne plusieurs mécanismes de coopération au niveau continental. La coopération afro-arabe, la coopération Afrique et Union Européenne, les relations entre le nord arabe et l'Afrique sub-saharienne sont en veilleuse depuis plus de trente ans. L'OUA était incapable de gérer les conflits au Libéria, en Sierra-Leone et en République Démocratique du Congo. Dans ces pays comme au Mozambique et en Angola, la solution précaire et incertaine est venue d'ailleurs. La Côte d'Ivoire est déchirée par une crise artificielle qui remonte à l'an 2000 sans que notre Organisation puisse être à la hauteur de sa mission.

Les coups d'Etats, je n'ai même pas besoin d'en parler. D'ailleurs, je trouve ridicule la proposition du Ministre libyen des Affaires étrangères qui parle de forces d'intervention contre les coups d'Etats à un moment où l'Organisation qu'il préside a failli de fournir des forces pour maintenir l'ordre public et le maintien de la paix en Somalie, ce grand pays qui est en train d'être rayé de la carte. Qu'a fait l'UA de Darfour et du Sud du Soudan ?  Où est -elle passée pendant l'effondrement du Zimbabwe ? La grande île, Madagascar, pays membre fondateur de l'Union Africaine se déchire au jour le jour et l'UA sur les plateaux d'Ethiopie ne fait que répéter son refrain de respect de l'ordre constitutionnel à un moment où les Malgaches tombent en dizaines tous les jours.

La faillite de l'OUA dans le domaine de la paix et de la sécurité continentale avait poussé les Organisations régionales à mettre en place des mécanismes autonomes d'intervention dans les crises concernant un de leurs Etats membres.

L'UA ne peut pas avancer car son souci est de préserver les intérêts d'une poignée de chefs d'Etats arrivés au pouvoir, depuis plusieurs décennies et qui s'y maintiennent par des voies qui ne sont pas démocratiques. Ces chefs d'Etat, donneurs de leçons sont souvent recherchés par des juridictions internationales, empêchés de séjourner en Occident ou mêlés dans des histoires de biens confisqués en dehors de leurs pays. Ceux qui n'ont rien à se reprocher sont ceux qui ne font pas du tout de bruits.

L'OUA, au lieu de s'occuper de tout cela, elle siège à Moroni pour déterrer des crises et créer des problèmes qui sont de nature à remuer des plaies et à freiner l'élan de développement. A quoi sert un dialogue politique maintenant aux Comores après l'Accord de Réconciliation Nationale de Fomboni ? A quoi sert une sempiternelle révision de la Constitution au moment où le développement peine à trouver un financement ? Cette énergie aurait été plus utile au Zimbabwe, en Somalie, en RDC, au Darfour ou en Côte d'Ivoire en plein déchirement où les victimes se comptabilisent en centaines et en milliers par jour. Elle aurait rendu service aux peuples de ces pays pour qu'ils se réconcilient à l'intérieur de leur territoire.

Je crains qu'il ne soit pas tard comme il l'est aujourd'hui en Guinée Conakry et en Guinée Bissau. Je crains une détérioration de la situation à Madagascar et une rechute au Zimbabwe. Je crains un revirement aux Comores et un retour au séparatisme insulaire. Je crains une dislocation de l'archipel au moment où notre pays a plus besoin d'une cohésion.

Je crains qu'à force de s'occuper du dossier des Comores, l'ambassadeur mozambicain, José Francisco Madeira a fini par choisir un camp politique et se bat bec et ongles pour défendre des intérêts qui sont, d'abord, les siens avant qu'ils soient ceux des Comoriens.

Et je crains que celui qui a dit que l'OUA ne peut pas nouer comme elle ne dénoue jamais un nœud avait parfaitement raison.

 

MOUIGNI Abdou
Professeur de philosophie

Dépêché par So. Hwoussewesso

Auteur : So. Hwoussewesso
Catégorie : Tribune libre
Publié le 29 avril 2009 à 20:07:27
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L'AUTEUR
So. Hwoussewesso

So. a une ligne de conduite préférée, se subordonner à ses passions. En permanence révolté et insatisfait face à l’ordre établi. L’émancipation comme raison et l’ac...



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